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Les terribles traumatismes d’Alice Miller et de son fils Martin

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Les terribles traumatismes d'Alice Miller et de son fils Martin

Les traumatismes d’Alice Miller et de son fils Martin sont révélés par le documentaire Who’s afraid of Alice Miller. Il sort cette semaine en France grâce aux efforts de l’association L’enfance libre. A la suite de mon article consacré à Alice Miller, l’actualité de ce mois de novembre 2021 nous ramène donc à elle.

Un film et une table ronde pour savoir

En 2014, Martin Miller, devenu lui aussi psychothérapeute, publiait un livre intitulé Le vrai drame de l’enfant doué ; la tragédie d’Alice Miller. C’est ce livre qui a donné l’envie au réalisateur de faire ce documentaire. Il a réuni autour de Martin des membres de la famille, des proches ainsi que des chercheurs et journalistes. Ce qui éclaire ce documentaire, c’est la table ronde qui est organisée par L’enfance libre (Voir en savoir +).

Ce film raconte l’enquête que mène Martin Miller afin d’en savoir plus sur la véritable histoire de sa famille. Ce voyage va d’abord l’emmener aux USA retrouver une cousine de sa mère, Irenka. Il va ensuite se rendre avec elle en Pologne.

Les traumatismes de Martin Miller

Au gré des étapes de ce périple, on découvre la relation très conflictuelle entre Martin et sa célèbre mère. Une intense correspondance en atteste. Le film révèle également que Martin fut battu par son père Andrzej Miller, durant une grande partie de son enfance. A l’écran, la souffrance de Martin est intacte a l’évocation de ces faits anciens.

Alice Miller, la grande spécialiste de la cause des enfants, mondialement reconnue, n’a donc pas pu protéger son propre fils des coups de son père.

Dès lors, l’opposition des images frappe : D’un côté des interviews télévisées des années 80/90 montrant une femme assurée et compétente. Elle développe avec calme ses arguments sur l’origine des violences et leurs terrifiants impacts sur les enfants. De l’autre, un homme en colère et en sanglots devant tant de dissonance avec sa propre histoire d’enfance.

Alors cela devient un vrai casse-tête. Que doit-on comprendre ?

On peut difficilement douter de la sincérité de ce fils qui marche avec peine et qui porte sur lui une véritable souffrance. Alors, Alice Miller était-elle une mystificatrice de grand talent totalement insensible ? Etait-elle, elle-même, aux prises avec une problématique post-traumatique ressurgissant d’un lointain passé mais gardée sous contrôle toute sa vie durant ?

Les traumatismes d’Alice et Andrzej Miller

Le voyage en Pologne va amener certains éclairages :

Tout d’abord, on découvre les origines et la famille juive d’Alice Miller. Mais on découvre surtout sa survie clandestine sous une fausse identité dans le Varsovie de l’occupation nazie. Une période trouble en proie aux pires trafics et exactions. Ainsi, les chantages à la dénonciation étaient une activité fort lucrative pour beaucoup de polonais non juifs.

Mais plus incroyable encore, on apprend que son mari Andrzej Miller, pourrait avoir été un indicateur de la Gestapo. Le doute demeurera jusqu’à la fin. Mais le silence sur ordre des employés de l’Institut de la Mémoire Nationale de Varsovie est plutôt questionnant. Aujourd’hui, comme il l’indique dans la table-ronde, Martin Miller est convaincu que sa mère a bien vécu avec son maître-chanteur !

En 1946, Alice Miller obtient une bourse de recherche en philosophie à l’université de Bâle. Le couple émigre en Suisse.

Irenka, la lumière dans cette tragédie

Martin Miller évoque dans la table ronde le fait que sa naissance n’était pas prévue. Sa venue au monde en 1950 va obliger ses parents à maintenir tous leurs secrets. Cet enfant non désiré va être confié à une nourrice qui va le délaisser également.

C’est Irenka, 18 ans à l’époque, également survivante de l’holocauste qui va le recueillir et s’occuper de lui. Martin dit que c’est grâce à elle qu’il n’est pas devenu quelqu’un sombrant dans la violence ou la délinquance. C’est ce qu’Alice Miller théorisera plus tard sous le concept de « témoin secourable ». Il révèle aussi qu’il a souhaité faire ce voyage avec Irenka, alors qu’elle avait déjà un cancer, pour lui rendre un peu de ce qu’elle lui a donné enfant.

Un lien transformé

Le film s’achève avec beaucoup de questions sans réponses. Toutefois, Martin semble avoir transformé le lien à sa mère. Il le voit maintenant comme compréhensible au regard de la propre tragédie d’Alice Miller durant la guerre mais également après. Car comme l’explique Ania Dodziuk, une amie proche de la sœur d’Alice Miller, également psychothérapeute, la guerre n’est jamais finie. Elle se transmet par le biais des mémoires traumatiques. Ces mémoires sont transgénérationnelles.

La persistance des traumatismes

Toute sa vie d’après-guerre durant, Alice Miller restera profondément dissociée et traumatisée. Ceci ne l’a pas empêché, comme le pense un personnage du film, de mettre sa part lumineuse au service de la cause des enfants.

Martin Miller partage dans la table ronde un constat fort. Il divulgue qu’au cours de sa vie il a suivi 14 psychothérapies différentes. Aucune n’est parvenue à le soigner des conséquences traumatiques de sa tragédie familiale. Seuls l’écriture de son livre et la participation à ce film lui aurait permis de le faire.

Vers la fin de sa vie, Alice Miller a essayé de travailler au retraitement de ses traumatismes. Elle a d’ailleurs autorisé le spécialiste allemand Oliver Schubbe à rendre public le contenu de leurs séances.


Mon regard sur ce film

Un film précieux et important sur le traumatisme

Tout comme les auteurs du film, je trouve qu’il est précieux et très intéressant. C’est un exemple formidable de l’intérêt de cette quête de son histoire. Il dit aussi que même quand c’est terrible, c’est possible ! Et il enseigne aussi que nos histoires personnelles sont également en lien avec la grande Histoire, elle-même souvent tragique.

Traumatisme et la puissance toxique du secret de famille

Le film et la table ronde confirme bien la puissance toxique des secrets de famille, leur caractère traumatique et leur survie transgénérationnelle. Le fait de les mettre à jour est absolument indispensable pour pouvoir guérir.

Tous ces documents prouvent qu’Alice Miller avait raison sur l’impact et la reproduction des traumatismes. Elle avait dès lors bien raison sur la nécessité de faire préserver les enfants. Elle avait encore raison sur la nécessité de partir à la découverte de la vérité de sa propre histoire. Toutefois, si elle avait intellectuellement raison, les extraits de sa correspondance révèle aussi la déception et sans doute la souffrance de cette femme (et de son fils) face à cette forteresse traumatique qui bloque les changements qu’elle aurait souhaité.

On le sait maintenant grâce à tous les travaux sur les neurosciences. A moins de retraiter neuro-émotionnellement ses traumatismes, ils vont demeurer présents dans les corps physique et énergétique et passer les générations. Leurs conséquences pratiques dans la vie quotidienne restent souvent terribles. L’exemple donné en tout début de film sur sa quasi paranoïa à propos de sa vie personnelle en dit long !

Psychanalyse vs Retraitement neuro-émotionnel de l’information traumatique

L’autre aspect intéressant, en creux, de ce film, c’est l’inefficacité de la psychanalyse sur le retraitement de ces traumatismes. Malgré cela il faut reconnaître que la psychanalyse est resté pendant longtemps le seul moyen d’aider au traitement des souffrances psychiques. Malheureusement pour Alice Miller et sa famille, mais aussi pour beaucoup d’entre-nous tous, les thérapies plus efficaces sont finalement très récentes. En remettant dès lors les choses en perspective, je trouve qu’Alice Miller a eu beaucoup de mérites. Le mérite de rompre avec le monde de la psychanalyse avec lequel elle avait cheminé de longue date. Le mérite aussi de se rapprocher de ces nouvelles approches thérapeutiques, même si c’était sans doute bien tard pour elle et pour son fils.


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